Banlieues: un texte remarquable
La parole est à M. Jack Ralite>.
<M. Jack Ralite>. Monsieur le président, monsieur le ministre
d'État, monsieur le ministre, mes chers collègues, nous devions débattre des
profonds problèmes de banlieue. Après le conseil des ministres exceptionnel de
lundi, ce débat a été remplacé par l'examen d'une loi d'exception
ultra-sécuritaire qui vise à enchaîner toute espèce de liberté en exagérant
toute espèce de danger. Ce n'est pas l'ordre dans la République, c'est la
République de l'ordre !
Car,
monsieur le ministre d'État,
votre loi, issue de la guerre d'Algérie, appliquée alors pour briser les
résistances à l'ordre colonial, vise aujourd'hui à tout faire pour briser les
résistances à l'ordre libéral. Cette loi n'autorise pas seulement le
couvre-feu, mais aussi la définition de zones sécuritaires, les perquisitions
de jour et de nuit, les assignations à résidence, les sanctions pénales
expéditives.
Alors
qu'il y a urgence sociale et
humaine, vous répondez urgence sécuritaire et inhumaine.
Et
ne nous parlez pas de
discernement puisque, avant même le vote, vous avez rétabli la double peine,
décidé l'expulsion administrative des étrangers et envisagé des restrictions
aux regroupements familiaux. Vous « racisez » la question sociale.
Nous
sommes contre votre loi :
vous déclarez la guerre non à la pauvreté, mais aux pauvres. (Applaudissements sur les travées du groupe CRC et du groupe
socialiste.) La banlieue mérite tout autre chose !
Mon
intervention vise à sortir au
visible les faits, méfaits et forfaits qui agressent les habitants de banlieue.
Je
vis et milite depuis
cinquante-trois ans à Aubervilliers, dans le 93, au milieu d'une population de
travailleurs très divers. J'habite en HLM où, depuis tant d'années, j'entends
monter une colère qui était prophétique. Je suis aussi membre du Haut comité
pour le logement des personnes défavorisées.
Témoin actif et combatif, j'estime
nécessaire de dire ceci :
« Une idée neuve commence à faire
son chemin : la banlieue n'est pas un monde à part. C'est pourtant une image
qui lui colle à la peau : banlieue béton, banlieue ghetto, quartier d'exil,
enfants des rues et de toutes les souffrances, lieu de tous les dangers.
« La banlieue, ainsi, est
souvent mise en avant comme l'image même de la pauvreté des autres, de
l'exclusion que chacun redoute pour soi. On est toujours la banlieue de
quelqu'un. »
Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. Très bien !
<M. Jack Ralite>. « Ce regard divise. Il est porteur de
toutes les exclusions : exclusion de l'école des élèves "à
problèmes", exclusion de la cité des familles "à problèmes",
stigmatisation dans la ville des quartiers "à problèmes", comme si la
crise de l'école, les difficultés de vie dans une cité, le développement de la
toxicomanie ou la délinquance pouvaient se résoudre par la désignation de
quelques coupables, voire de quelques boucs émissaires.
« Ce regard porte la peur,
plus encore que la pitié. Du côté de ceux qu'il décrit, il alimente le
ressentiment, parfois la haine, et cette quête amère d'exister contre l'autre,
quête où la violence aveugle est plus souvent au rendez-vous que la libération
humaine.
« C'est pourquoi nous devons
le dire avec force : non, la banlieue n'est pas une maladie sociale, non,
ceux qui souffrent et qui galèrent, qui y vivent plus démunis que d'autres, ne
sont pas pour autant des gens à part. C'est la société tout entière qui est
malade. »
Mme Hélène Luc. Absolument !
<M. Jack Ralite>. Ce raisonnement appartient aux 700
participants des Rencontres pour la banlieue, qui se sont tenues en 1992 à
Aubervilliers. Vous le constatez, nous parlions de ce qui se passe aujourd'hui.
Mais personne ne nous a entendus !
Face à cette réalité qui étouffe
la vie, où la pauvreté est considérée par ceux qui ne la vivent pas comme un
« bacille », je n'entends venant de l'État et du pouvoir économique
et financier que des « mots aventuriers ».
Les
vôtres sont connus, monsieur
le ministre, et ils ont fait le mal que chacun a pu constater. Mais ceux du
capital le sont moins, ils sont comme cachés.
Écoutez la dirigeante du MEDEF,
Mme Parisot : « La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail
échapperait-il à cette loi ? »
Écoutez le président des chambres
de commerce et d'industrie : « La culture banlieue est relativement
antinomique avec la culture de l'entreprise. »
Il
s'agit là, de la part
« d'ensorcelés de la faveur », comme dirait La Bruyère, d'une
agression d'une violence inouïe.
Dans
le premier cas, c'est un
détournement hypocrite de la langue et un déni mensonger et fatalisant de la
réalité. Oui, la vie est vulnérable ! Dès que l'on naît, on est dépendant
et attaché aux autres.
Mais
la précarité n'est pas la
vulnérabilité. C'est un construit social et politique. Là est le fond de la
pensée de la première dame du MEDEF : elle tente de
« naturaliser » le statut de précaire. Il n'est que d'évoquer son
rôle dans la création du contrat « nouvelles embauches » ! C'est
transformer les hommes, les femmes, en êtres subsidiaires, en invités de
raccroc, et mettre ainsi le monde à l'envers.
Dans
le second cas, c'est une violence contre les banlieues, les humains et
leurs idées. Le président des
chambres de commerce et d'industrie veut un « prêt-à-penser » dévoué
aux entreprises. C'est une ébauche d'une sécurité culturelle.
C'est
cela, le mal vécu de
millions de banlieusards que le patronat traite comme des « hommes à
part », des « hommes dépréciés », des « habitants
intermédiaires », des « citoyens de l'entre-deux ».
De
ces deux déclarations
patronales, qui veulent troubler la vue, brouiller l'entendement, paralyser la
réflexion, je constate la gravité et l'ampleur provocatrice. Elles traitent les
hommes comme des choses, les humilient, imprègnent leur vie comme
« l'humidité imprègne le corps quand on n'a pas de feu », comme
disait Simone Weil dans La Condition ouvrière.
Je
constate également
l'étourdissant silence des médias sur ces déclarations. Le capital ne ferait-il
pas partie du réel, alors même qu'il prétend être un acteur politique ?
Plus qu'un cache, il y a là un refoulement organisé.
Mme Hélène Luc. Bravo !
<M. Jack Ralite>. Je constate enfin le black out du
Gouvernement sur ces propos. Devant le capital, le Premier ministre a perdu
toute faculté d'irrespect, de critique. Tout en y pensant toujours, il l'oublie
dans son analyse, tentant de l'innocenter dans le drame actuel qui vient de
loin, et d'abord du règne sans rivage de l'argent.
Ce
règne va jusque dans
l'intimité. Il s'agit d'un véritable rouleau compresseur, dont les contenus et
les formes nous ont valu un bon point du FMI.
Ainsi,
c'est la privatisation
d'Aéroport de Paris, des autoroutes, et bientôt d'EDF. Et les cheminots
s'interrogent aussi légitimement !
Ce
sont également les propos du
MEDEF pour l'UNEDIC : dégressivité des allocations, raccourcissement du
temps de leur perception.
C'est
aussi le CV anonyme, avec le voilement des visages des migrants. Ce sont
les nouvelles zones franches, où
les patrons ont tous les droits et aucun devoir. C'est la discrimination à
l'emploi dans presque toutes les entreprises. C'est le tribunal de Marseille
déclarant illégale la grève des traminots, car leur préavis évoquait le risque
de privatisation de la compagnie. C'est Hewlett-Packard condescendant à
renoncer à 250 licenciements - il en reste 990 ! - par un
chantage aux 35 heures. C'est le MEDEF retardant les négociations pour les
intermittents du spectacle et faisant tout pour désarticuler le code du
travail.
Tout
cela s'ajoute aux licenciements violents dans des entreprises aux noms
désormais bien
connus : Celatex, Moulinex, Danone, Daewoo, Flodor, Thomson Multimédia,
Metaleurop, etc.
Pourquoi
ne pas déclarer le
couvre-feu sur ces licenciements ? (Applaudissements
sur les travées du groupe CRC et du groupe
socialiste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. Jean-Pierre Bel. Très bien !
<M. Jack Ralite>. C'est une proposition capitale :
n'oubliez pas que perte d'emploi égale perte de soi.
Il
y a quelque chose d'effarant
dans l'histoire récente en France : tous les scrutins depuis 2002 disent
que cela ne va plus, que c'est intolérable, mais vous restez sourds à leur sens
comme aux manifestations populaires, telle celle des syndicats unanimes le 4
octobre. Non seulement vous ne changez rien, mais vous en rajoutez à ce contre
quoi le peuple a voté et les travailleurs agi.
Et,
comme si cela ne suffisait
pas, il y a ce lepénisme sans Le Pen - voyez l'école obligatoire ramenée
de seize à quatorze ans pour les jeunes des banlieues ! (Applaudissements sur les travées du groupe CRC et du groupe
socialiste, ainsi que sur certaines travées du RDSE) -, vous recourez à
l'état d'exception, vous décidez de prolonger de trois mois la peur de type
colonial sans qu'aucun des signes demandés n'ait reçu la moindre réponse.
La
politique nationale devrait être exceptionnelle non pour frapper, réprimer, attiser la peur, mais pour
construire une solidarité fondée sur une nouvelle logique sociale promouvant
de
nouveaux droits.
Le
Président de la République
déclarait la semaine passée : « Il faut rétablir l'ordre et respecter
les banlieues ». Or non seulement vous ajoutez au désordre, mais vous vous
moquez des banlieues en proposant de diminuer de 240 millions d'euros les
crédits pour 2006 de la mission Ville et logement et en gelant les crédits de
2005 : 72 millions pour le logement, 46 millions pour la ville, 48
millions pour la jeunesse et les sports, 79 millions pour la santé et la
cohésion sociale, 9 millions pour les transports collectifs et, surtout, 1,3
milliard pour l'emploi et le travail.
M. Robert Bret. C'est cela, leur politique !
<M. Jack Ralite>. Pour les transports, vous bafouez, pour la
Seine-Saint-Denis, le contrat de plan État-région, en oubliant une très grande
partie de vos engagements financiers.
En
1992, nous nous demandions, à
Aubervilliers : « Que veulent les banlieues ? ». Nous
répondions : « Tout ! ». Aujourd'hui, votre autisme traduit
votre réponse : « Rien ! »
Les
citoyens se demandent « comment faire ».
Dans
les banlieues, cette interrogation est d'autant plus forte que la violence
de l'agression subie
conduit à des souffrances insupportables, pour les sans-travail comme pour ceux
qui en ont encore un, ou encore à « l'absurdité du devenir pour une
jeunesse jaillissante », ainsi que l'écrit le psychanalyste Fethi Benslama.
Nous
sommes à un moment
« brèche », et la seule sortie, c'est l'insoumission.
Notre
histoire nationale, de ce
point de vue, nous fait réfléchir, comme cette lettre de 1789 de Babeuf :
« Les maîtres, au lieu de nous policer, nous ont rendus barbares parce
qu'ils le sont eux-mêmes. Ils récoltent et récolteront ce qu'ils ont
semé. » (Applaudissements sur les travées du groupe CRC et du groupe
socialiste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. Jean-Luc Mélenchon. Admirable !
<M. Jack Ralite>. Et j'en appelle au commentaire de
Jaurès : « Ô dirigeants d'aujourd'hui, méditez ces paroles et mettez
dès maintenant dans les moeurs et dans les lois plus d'humanité qu'il se peut
pour la retrouver aux jours inévitables des révolutions. Et vous, prolétaires,
souvenez-vous que la cruauté est un reste de servitude car elle atteste que la
barbarie en régime oppresseur est encore présente en vous ».
C'est ce qui se passe ! Les rappeurs l'avaient chanté : « Nous, qu'est-ce qu'on attend pour ne plus respecter les règles du jeu », les règles du jeu organisées par le capital avec le soutien gouvernemental, et singulièrement le vôtre, monsieur le ministre, qui fantasmez constamment sur l'étranger bouc émissaire !
<M. Jack Ralite>. Vous pouvez rêver, tempêter, être
péremptoire, insulter, être arrogant, menacer. C'est peut-être l'angle de vue
de Neuilly, mais vous devriez relire A qui la faute, poème de Victor
Hugo paru dans l'Année terrible :
Tu
viens d'incendier la
bibliothèque ? - Oui.
J'ai
mis le feu là. - Mais c'est
un crime inouï !
Crime
commis par toi contre toi-
même, infâme ! [...]
Le
livre est ta richesse à toi !
C'est le savoir,
Le
droit, la vérité, la vertu, le
devoir,
Le
progrès, la raison dissipant
tout délire.
Et
tu détruis cela, toi ! - Je ne
sais pas lire.
Ce
n'est pas la façon
d'Aubervilliers, où se déplisse la revendication des jeunes d'être citoyens à
part entière dans leur diversité et non d'appartenir à tel ou tel groupe
communautaire, ethnique ou religieux. La réponse à la racisation et à
l'injustice de la question sociale est là, et elle a déjà mis de nouvelles
marques humaines sur nos paysages, qui se sont agrandis.
C'est
considérable quand le bougé
exigé vient d'hommes et de femmes « effacés »,
« engloutis », à qui a été enjoint de se faire oublier, qui en sont
venus à se considérer en trop dans la société, à avoir honte de soi, à n'avoir
bientôt pour être indemnisés de leur malheur que leur vengeance imaginaire.
La
violence est au bout de cette souffrance, violence contre soi et contre
autrui. Comment ne pas être violent
quand on est relégué hors de l'humain ? C'est faire disparaître sans
tuer !
Tout
cela aboutit à la mise en
cause de la légitimité du capitalisme. D'ailleurs, plusieurs patrons, dont
certains très importants, commencent à se poser des questions sur ce
capitalisme de l'instant, qui, en voulant tout tout de suite, compromet
l'avenir, son avenir, à moyen et long terme.
Au
travail, le patronat rêve de
travailleurs qui ne pensent pas. Le moi qui en résulte est « un moi
congelé au bord du rien, un quasi-rien ». La vie devient invivable parce
que mise entre parenthèses. L'homme, la femme sont inaccomplis. Or, comme
disait René Char, « L'inaccompli bourdonne d'essentiel »,
c'est-à-dire de quête éperdue d'avenir.
C'est
un travail gigantesque quand le Gouvernement et beaucoup de politiques
se limitent à discuter du mini
minimum d'aménagements, quand la vie nous enferme dans les petites histoires de
tous les jours. Mais c'est un travail incontournable et urgent de trajets à
tracer, d'actions exploratrices dans ce monde de dédales non repérés qui
connaît chaos, complexité, instantanéité, impuissance.
À chaque détour de la ville où
j'habite, j'écoute l'ordre et le désordre, l'encontre et la rencontre, ce qui
rassemble et ce qui s'écarte, ce qui se pénètre et ce qui se croise, ce qui
fait contact et ce qui fait contrat, ce qui efface des certitudes et emporte
vers
l'ailleurs.
J'ai
rencontré de grands
déracinements, des lieux de refuge temporaires, le grand écart entre emplois
nouveaux, populations anciennes et populations nouvelles souvent paupérisées.
En
tant que maire, j'ai été comme
une cousette qui chaque jour faisait du tricot social souvent cisaillé dans
l'instant suivant. J'ai essayé tous les microprojets en triant dans la galaxie
de trucs prétendument miraculeux. J'ai refusé de substituer l'utopie
technicienne à l'utopie sociale. Je me suis libéré de la manie de l'expertise
émiettant tout et censurant le sens. J'ai vu le recul de la préoccupation de
santé, notamment chez les jeunes. J'ai compris qu'il n'y avait pas de petite
digue, qu'il fallait résister et que, dans ce mot, se trouvait l'une des
sources du construire à ne jamais remettre au lendemain.
Voyez
la Plaine Saint-Denis :
Aubervilliers et Saint-Denis l'ont pensée et initiée malgré un État frileux au
début et toujours distant. Nous avons beaucoup avancé, mais il reste une
hantise : cette coupure, parfois cette défiance, qui peut aller jusqu'à
une haine silencieuse entre ceux que cette Plaine Saint-Denis a fait aller de
l'avant et ceux qu'elle a laissés de côté. Cela met à l'heure exacte de la
conscience, mais impose surtout de rassembler audacieusement et courageusement.
Il
ne s'agit pas de se clore dans un assemblement, mais de vivre ensemble
conflictuellement avec des
contradictions évolutives pour fabriquer des processus qui mèneront
progressivement, en arrachant le chiendent de l'ignorance de l'autre, vers des
bornes que l'on voudrait infranchissables pour protéger « l'irréductible
humain ».
Les
indicateurs de pauvreté sont
au rouge, le surendettement en hausse de 22 %, les dispositifs d'accueil
saturés, des familles fragilisées, les étrangers en situation toujours plus
précaire et la précarisation des couches populaires et intermédiaires
s'accroît.
À Aubervilliers, qui compte
63 132 habitants, c'est encore plus préoccupant. Le revenu moyen des
foyers non imposables est de 465 euros, contre 529 euros en Île-de-France,
12,4 % des ménages sont au RMI, contre 3,7 % en Île-de-France, 18,3 %
ont la CMU, contre 6,8 % en Île-de-France, et les aides de la caisse
d'allocations familiales ont triplé en quatre ans.
Mais
le mot désespoir n'est pas
politique, et le mot respect n'a pas à connaître la pénurie. Il faut oser
sortir dans la rue, la rue d'Ici, la rue d'Europe, la rue du Monde, et charger
sur ses épaules les dissonances de la ville. Il y a là une socialité nouvelle.
Nous
pouvons créer une société où
le mot égalité ne serait plus un gros mot, une société où les
« rejetés » et les « maintenus » se retrouveraient comme
« individus de l'histoire du monde », conscients d'une
« communauté qui vient », qui aurait une « citoyenneté
sociale » permettant à chacune et à chacun de sortir de la délégation
passive, de voir le bout de ses actes, de ne plus se dévaloriser, de prendre
la
parole, de promouvoir de nouveaux droits et une nouvelle logique sociale dans
une nouvelle vie publique.
Mon
expérience est heureuse de ce
point de vue : il y a huit jours, nous fêtions le quarantième anniversaire
du théâtre de la commune d'Aubervilliers. Hier soir, le conseil général du
Val-de-Marne inaugurait à Vitry-sur-Seine un magnifique musée d'art
contemporain, le premier de banlieue.
Dans
les deux cas, c'était la
foule, heureuse, acquerrant de nouvelles libertés au moment où vous prétendez
lui en ôter.
Dans
les nouvelles libertés à
venir, dans ces droits qui de droit n'ont pas encore de droit, je vois mêler la
sécurité sociale professionnelle, une politique mutualisée
emploi-formation-production entre les entreprises d'une même branche, une
régulation de l'actionnariat débridé, un rétablissement de tous les crédits
gelés et supprimés et - pourquoi pas ? - un fonds national de
réhumanisation de la banlieue et de tous les endroits de souffrance, la
suppression du droit d'acheter la non-construction de logements sociaux et
l'obligation de construction avec calendrier d'application dans les villes
ségrégatives, l'abondement par l'État des finances des contrats de plan
État-régions pour qu'ils soient respectés intégralement, la suppression des
nouveaux allégements fiscaux aux privilégiés, les moyens suffisants à tous les
services publics concernant l'emploi, la formation, la prévention, la santé, la
culture, et bien sûr, ce que j'ai évoqué plus avant, le couvre-feu sur les
licenciements.
L'un
de mes amis, me parlant des
problèmes de banlieue, m'a dit : « L'humanité peut très bien avoir à
faire face dans un avenir proche au problème de sa réhumanisation. » Nous
y sommes aujourd'hui !
Souvent
notre langage est
beau ; il est même salvateur. C'est déjà beaucoup. Cependant, c'est
d'actes que nous avons désormais besoin, parce que le langage est arrivé à ses
limites. Moi qui suis passionné de théâtre, je pense à Molière et, comme
plusieurs de ses personnages immortels, pour retrouver, ou plutôt pour trouver
le monde, je crie : « J'enrage ! » (Bravo ! et applaudissements prolongés sur les travées du groupe CRC et du
groupe socialiste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)